Je n'ai pas pu écrire le récit de l'étape le jour même de son déroulement, car j'ai manqué de temps et d'inspiration. 11 kilomètres de
trekking en commençant par la traversée d'une pinède qui débouche sur la plage. Ensuite un 08 kilomètres entre sable mou et rochers côtiers. A la fin nous avons dû affronter une pente de 30° avec
un sol sablonneux pour franchir la ligne d'arrivée. Nous avons réussi à remporter l'étape grâce au bonus temps des énigmes.
Bilan du Raid, nous sommes montés sur la deuxième marche du podium final. Je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir de l'amertume et un sentiment
d'injustice. Pour me consoler, je me dis qu'il vaudrait mieux être deuxième et acclamé, que premier et hué. Pourvu que ce qui s'est passé puisse permettre la reconduction
du Raid pour les prochaines années.
Je n'ai pas pu écrire le récit de l'étape le jour même de son déroulement non pas que j'ai manqué de temps ou
d'inspiration mais, j'aurais été odieux envers les organisateurs. Je m'explique : les épreuves de la journée étaient annoncées comme suit : une course d'orientation, une
épreuve de tir à l'arc pour la matinée et, une épreuve de descente en rappel couplée à la construction d'un radeau. Pour cette dernière, nous avons même approché le record de 6 minutes pour la
construction, mise à l'eau, flottaison et franchissement de ligne (7minutes était notre temps) bien que nous disposions de 15min. Pour l'épreuve de tir à l'arc, mon coéquipier Ramzi a fait un
sans faute : 5 flèches au centre de la cible.
Mais revenons à l'épreuve phare de la journée : la course d'orientation. On a
eu une carte de la ville de Bizerte, une liste d'endroits ou monuments marqués sur la carte, plus une somme d'argent (20 dt) pour ramener le maximum d'objets non alimentaires en évitant les
doublons. Pour rappel, dans la phrase "course d'orientation" le mot course évoque le temps. L'épreuve est donc chronométrée. Le directeur de
course ainsi que les
commissaires l'ont annoncé lors du briefing de la veille et l'ont répété à maintes reprises en répondant notamment aux questions des participants. Nous avons, avec la majorité des participants(je
dis bien la majorité) compris la même chose dite dans la langue de Molière. Mais voilà qu'une minorité proteste contre le fait qu'ils n'ont pas ainsi interprété les consignes, soit-disant parce
que les commissaires avaient annoncés un temps de quatre heures pour réaliser les missions.
Le périmètre de "la course" ainsi que "des courses" était relativement petit, les équipes se
sont croisées à plusieurs reprises en courant. Ça devait suffire à mettre la puce à l'oreille de ceux qui traînaient dans leurs pas. Admettant que ce n'était pas suffisant comme alerte, le rôle
des commissaires ainsi que du directeur de course est de s'assurer de
la diffusion de l'information, de son exactitude et de sa disponibilité pour la majorité. Si quelqu'un n'a pas entendu n'a pas compris ou à mal interprété l'information, charge a lui. La décision du comité de course a été d'annuler le
chronométrage de l'étape tout bonnement. Tant pis si la majorité s'est tuée à faire le meilleur temps (on étaient deuxièmes à l'arrivée).
Je vous épargne les explications biscornues des responsables de l'événement, je vous épargne le récit des réactions de rejet de la part des
participants. Je vous épargnerais aussi les thèses fondées et les bruits de couloir autour de la décision des "juges".
Juste une chose, la décision n'était pas juste aux yeux de tous. Notre équipe
est placée deuxième. Elle aurait dû être sur la plus haute marche du podium. Elle l'est sûrement dans la tête et le coeur de tous ceux qui la suivent et
l'encourage de prêt ou de loin, Tunisiens, Tunisianiens et Français. Vive la compétition dans la loyauté, vive le sport.
Pour les 10 kilomètres de canoë, nous sommes parés d'embarcations à trois places avec une pagaie simple, des gilets de sauvetage et
par-dessus, des Camel back. L'air d'être des cosmonautes échappés d'une rampe de lancement, nous mettons nos vaisseaux à l'eau et, prenons le cap vers le large. L'exercice est assez technique.
Celui qui occupe la place de devant, en l'occurrence moi, donne la cadence et renseigne les autres sur le cap. Celui de derrière tiens la dérive et booste l'équipe. Celui du milieu suit et
maintien le rythme. Certains des concurrents ont chavirés, d'autres peines à trouver leur rythme de croisières. Pour nous, les choses ont l'air de se passer plutôt bien. On commence à dépasser
ceux qui nous avaient précédé lors de la pseudo procédure de départ. Un bateau à moteur nous dépasse et, avec le sillage, nous fait tanguer, on a eu chaud. Petit à petit nous gagnons du terrain
et voyons les autres lâcher prise. Arrivée sur la plage nous devons hisser les canoës, prendre la feuille de l'énigme et partir en courant vers l'arche d'arrivée à 02 kilomètres de là. Nous avons
le résultat de l'énigme et nous franchissons la ligne d'arrivée en quatrième position. C'est plutôt pas mal pour une participation à une pareille épreuve. Pourvu que ça dure.
"Attention mesdames et messieurs, dans un instant ça va commencer" nous chante Michel Fugain. Aujourd’hui, ce sont ses compatriotes en visite
chez nous qui l’ont dit. Nous sommes au briefing de la veille de course, l’Hôtel est plutôt sympas, l’ambiance est bon enfant et l’équipe est au complet aussi bien la notre que celle de
l’organisation. La moitié des gens présents dans la salle sont des anciens rando-raiders. Je me demande qui serait le challenger à redouter ? Mes voisins de table n’arrêtent pas de scruter les
tables voisines et les gens qui se hasardent devant la notre. Je les entends se dire "celui là je doute qu’il puisse faire la totalité du parcours sans s’arrêter deux à trois fois", "ah, celle là
elle est avec les deux mecs là bas, une équipe mixte est un adversaire plus facile"… Bon ben, nous y sommes, nous comptons donner le meilleur de nous-mêmes, et pourquoi pas se placer dans le trio
de tête. Plus on se la jouera vainqueurs, plus nous le seront.